Interview – Le phénomène Clubhouse décrypté par Laura Bokobza

Geoffrey Vion
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23 mars 2021
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Temps de lecture 3min

Qui mieux que Laura Bokobza, Consultante freelance et administrateur indépendant pour LBk Consulting, pour analyser l’engouement mondial pour le nouveau réseau social Clubhouse, venu tout droit de Californie ?

Au-delà de ses activités de conseil en stratégie et exécution auprès de dirigeants de scale-ups et de PME, Laura produit une veille hebdo marketing et digital, Le Comment Du Pourquoi, et a rejoint ClubHouse dès fin janvier pour voir de quoi il en retournait…

Laura Bokobza

 

1. Comment expliquer le succès de Clubhouse ? Cet engouement va-t-il durer ?

Trois facteurs peuvent expliquer le succès de Clubhouse. Tout d’abord l’exclusivité – l’inscription n’est possible que par invitation. C’est l’effet « videur de boîte de nuit » : plus c’est difficile d’y entrer, plus les gens s’y pressent. Ensuite, Clubhouse joue sur le FOMO (Fear Of Missing Out) du temps réel : qui sait ce que je suis en train de rater quand je ne suis pas connecté·e ? Et enfin la crise sanitaire mondiale, qui implique confinement, couvre-feu et/ou distanciation sociale selon les régions, a pour conséquence à la fois un manque de relations sociales et une surexposition à la vidéo. Clubhouse offre le meilleur des deux mondes. L’aspect intimiste de la voix permet de créer des liens, tout en offrant la flexibilité de s’y connecter de partout, dans la rue en allant faire ses courses, de chez soi en pyjama…

Mais ces leviers de croissance sont également des risques pour le réseau social. Que restera-t-il de cet engouement lorsque la version Android sera disponible, diminuant d’autant le sentiment d’exclusivité ? Ou quand le nombre de salles ouvertes à un instant T deviendra tel qu’il sera très difficile de s’y retrouver ? Ou encore lorsque la vie sociale IRL pourra enfin reprendre avec la réouverture tant attendue des bars et des restaurants ? Sans compter la faible probabilité de tomber sur du contenu live intéressant en se connectant sur l’application de manière aléatoire au fur et à mesure que la communauté grossit.

2. Comment les marques peuvent-elles tirer profit de Clubhouse ?

Les marques qui ont lancé une réelle stratégie marketing sur le nouveau réseau social sont encore peu nombreuses. C’est le cas de Feed, qui a reconnu dans une interview pour e-marketing que « Clubhouse est devenu le fer de lance de leur stratégie de contenu ». Cependant l’absence de tracking est pénalisante pour en faire un canal marketing à grande échelle, c’est plus la sérendipité qui crée l’occasion. Clubhouse s’est ainsi révélé un canal de discussion et d’acquisition entre amateurs de spiritueux.

Pour des marques qui veulent engager la conversation, Clubhouse leur offre également une plateforme pour réaliser des focus groupe de qualité, à condition de trouver l’équilibre entre authenticité et modération, un sujet d’autant plus délicat sur un média en temps réel. Les médias sont aussi des power users tout trouvés, que cela soit en amont d’un contenu pour trouver des témoignages, ou en aval de sa diffusion pour prolonger la discussion.

À l’instar de Substack, Panodyssey, Tipeee et autres, Clubhouse participe également à la réinvention de la creator economy, à condition d’accueillir des créateurs de qualité et suffisamment d’utilisateurs qui les découvrent et qui aient envie de les payer. Les marques peuvent y trouver leur place via le creator program : un programme marketing d’influence via le sponsoring de rooms de créateurs, dont la pertinence dépendra du lien avec la communauté. Un fabricant d’instruments pourrait par exemple sponsoriser la room d’un chanteur…

3. Quelles sont les limites du nouveau réseau social ?

La protection des données personnelles n’est pas le fort de Clubhouse. Pour pouvoir naviguer dans les rooms, se connecter à ses connaissances, envoyer des invitations, … chaque nouvel utilisateur a dû pendant 1 an ouvrir son carnet d’adresse au réseau social, et c’est le véritable problème que pose Clubhouse à mon avis. D’ailleurs, ils ont récemment modifié cela. Le réseau social détient les données de personnes qui n’y sont pas inscrites, qui n’ont jamais donné leur autorisation : un fonctionnement complètement contraire aux recommandations du RGPD ou de la CNIL. Cette dernière a d’ailleurs démarré une enquête pour vérifier la conformité de l’application américaine au droit européen sur la protection des données. 

Pour suivre Laura Bokobza :

https://www.linkedin.com/in/laurabokobza/ 

https://have-a-word.com/clubhouse-marketing/

et voici un podcast auquel elle a participé : https://www.frenchweb.fr/silicon-carne-la-folie-clubhouse/417608 

Auteur

Geoffrey Vion

Expert polyvalent en marketing & communication, Geoffrey Vion est Directeur Marketing France et Europe du Sud chez Contentsquare. Il a travaillé plus de 10 ans au sein du Groupe Renault-Nissan, puis au sein de différents startup Tech dans le Digital.