Magazine – Interview : Agir pour la diversité : créer une organisation caritative pour les femmes

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Chris Camps

3 décembre 2020 | 4 minutes - Temps de lecture

Agir pour la diversité et l'inclusivité est plus que primordial aujourd'hui. Le web est accessible à tous ! Cela fait partie d'un sujet plus général qui est : l'accessibilité numérique

Sinead Rose,
Fondatrice de WE ARE WE

Chris Camps: Quels sont les moments clés qui ont fait de vous la personne que vous êtes aujourd’hui ? 

Sinead Rose : L’instant charnière, pour moi, c’est quand j’ai décidé d’abandonner l’idée préconçue que j’avais de mon futur.   

En grandissant, je m’étais imaginée ce que j’étais censée faire, tout en me fixant des objectifs très hauts. C’est lorsque j’ai décidé de laisser couler, d’accepter que les choses viennent au feeling et de saisir les opportunités quand elles se présentent, que j’ai pris confiance en moi. C’est d’ailleurs à partir de ce moment-là que les opportunités se sont multipliées !

Quelles ont été ces opportunités ?

Lorsque j’ai eu l’occasion de travailler chez Google.

Même s’il s’agit d’une entreprise où il fait bon travailler et qui représente des populations et des groupes très divers, j’ai amèrement constaté que cette diversité ne se retrouvait pas en interne. C’est en voulant comprendre cette situation, y réagir et vouloir changer les choses, que je suis devenue qui je suis aujourd’hui. 

J’ai alors pris la tête d’un ERG (un groupe d’employés), Afro Google Network, afin de valoriser les collaborateurs issus de minorités ethniques. Ce projet a porté ses fruits et représente aujourd’hui l’un des principaux groupes de l’entreprise. 

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C’est chez Google que j’ai compris toute la complexité liée à la gestion de sa propre entreprise – ce qui faisait partie de mes objectifs. J’ai alors fait un pari : partir deux mois en Chine pour savoir ce que je pouvais vendre. 

Qu’est-ce que cela a donné ?

J’ai découvert là-bas que je savais vendre des sous-vêtements pour femme ! J’ai donc commencé par créer un site web. Je n’avais aucun stock au départ, je me suis donc contentée de publier des images pour voir si la demande allait venir. À ma grande surprise, j’ai constaté qu’il existait une vraie audience à Dublin pour ces produits. C’est à ce moment-là que je suis partie de chez Google.

Ça a été un grand changement. À mon arrivée chez Google en 2014, je faisais partie du faible pourcentage (1,2 %) de collaboratrices noires. Aussi ma décision de partir a étonné tout le monde : comme l’indiquent les statistiques, travailler chez Google est une opportunité rare pour les membres des communautés comme la mienne.

Mais j’ai décidé de prendre les opportunités qui s’offraient à moi. J’ai toujours été convaincue que si j’avais pu entrer chez Google, j’allais réussir n’importe où ailleurs.

Avec le succès de mon entreprise BodyFleek, j’ai pu verser un pourcentage de mes bénéfices à des associations caritatives communautaires : c’est à ce moment-là que j’ai compris que ma véritable passion était de contribuer et d’agir pour le bien commun.

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Mes contributions m’ont permis de bâtir une marque personnelle et de soigner ma réputation, ce qui en retour a élargi mon réseau jusqu’au palais de Buckingham, où j’ai pu échanger quelques mots avec la Reine !

Quels sont les facteurs à prendre en compte lorsqu’on crée sa propre marque ?

Pour moi, la création d’une marque personnelle repose sur deux critères clés. Premièrement, prenez le temps de comprendre qui vous êtes, et où vous voulez aller. Deuxièmement, ne négligez surtout pas les feedbacks, qu’ils proviennent de vos amis, de vos collègues ou de vos propres performances.

Dès que j’ai compris où je voulais aller et qui je voulais être, j’ai fixé plusieurs objectifs clairs : pas seulement de me rendre responsable de mes propres actions, mais aussi de les utiliser comme points de référence vers lesquels je pourrais me tourner. 

Justement, quel objectif espérez-vous atteindre avec WE ARE WE ?

WE ARE WE est une organisation caritative globale, qui couvre tout ce qui a trait aux femmes. Notre objectif est d’aborder les tabous – parfois invisibles – de genre que nous rencontrons au quotidien, afin que chaque femme puisse s’améliorer de jour en jour. Les différentes campagnes WE ARE WE visent à garantir la diffusion de nos ressources.

L’une d’entre elles vise notamment à éradiquer la précarité menstruelle au Royaume-Uni, un problème qui, selon nos recherches et nos réseaux, touche actuellement de très nombreuses femmes. Notre objectif est de faire don d’au moins 20 000 produits d’hygiène aux femmes qui en ont besoin d’ici fin 2020. Nous voulons également agir au niveau législatif : pour cela, nous nous rapprochons du gouvernement et des députés locaux afin qu’ils légifèrent de manière à ce que toutes les femmes accèdent gratuitement aux produits d’hygiène nécessaires dont les protections hygiéniques.

L’éducation est également importante : nous nous rendons dans les écoles pour veiller à ce que ces thématiques soient abordées, notamment sous un angle éco-responsable, mais aussi à ce que les garçons assistent également à ces cours – ce qui n’est malheureusement pas souvent le cas.

Nous essayons actuellement d’élargir notre réseau et de donner au plus grand nombre de femmes possible les moyens de devenir ce qu’elles veulent être – par le biais de formations, de ressources ou de réseaux auxquels elles n’avaient jamais eu accès jusqu’alors. Un projet passionnant !

Que diriez-vous à votre « vous » plus jeune si vous aviez la possibilité de la rencontrer ?

Je dis souvent à ma petite sœur que la peur de rater n’est pas réelle. Par le passé, je me suis déjà battue pour vivre des choses que je pensais sincèrement vouloir vivre. Mais avec le recul, je me suis rendu compte que je n’avais pas besoin de les vivre, et que j’aurais mieux fait de consacrer mon énergie à étudier, à réfléchir ou à faire ce que j’avais réellement envie de faire.

Autre chose : il est important d’exploiter chaque opportunité qui se présente à soi. On m’avait appris à adopter une vision étroite pour me focaliser sur mon objectif, et rien d’autre. Mais quand on est jeune, le cheminement est plus important que la ligne d’arrivée : si vous avez l’opportunité de faire plusieurs choses, saisissez-la !

J’insiste vraiment sur la peur de l’échec. L’échec est essentiel dans la vie, car il permet d’identifier les points à améliorer pour se dépasser.